Phnong Phen, capitale dynamique au passé douloureux…

Nous arrivons à Phnong Phen le 24 septembre, après 5 heures de minibus où -fait rarissime, mes proches me connaissant bien- je me suis énervée! On est serré comme des sardines, il faut se caser à 4 sur trois banquettes (ce que Fabrice refuse, de toutes façons, il aurait fallu un lilliputien pour s’assoir à coté de lui), pour un prix que j’estime trop élevé… en plus, le chauffeur me claque la banquette dans le visage, c’était pas pour me rendre de meilleure humeur!

La pause déjeuner dans le routier du coin vient couronner le tout, la serveuse nous réclame 10 dollars pour 1 soupe et 2 boissons, ce qu’on a refusé! On appelle le responsable « sorry sorry, it is a mistake »

Alors forcement, quand les chauffeurs de tuk-tuk en sortant du bus crient « tuk tuk!!! tuk tuk!! » en bousculant les enfants, et nous empêchant de prendre nos bagages, j’ai poussé une gueulante en expliquant que je ne m’appelais pas « tuk tuk » mais que j’avais le droit d’abord à un « hello »… zut à la fin 🙂

La pression retombée, on prend un tuk-tuk qui se confond en « hello madame » pour faire 350 mètres et nous dépose dans un hôtel repéré sur le net… hors budget pour nous, mais il faut savoir se lâcher parfois… je négocie âprement une réduction et on finit par se mettre d’accord avec le proprio australien du Billabong Hotel pour 35 dollars la nuit, petits déj compris!

L’hotel est terrible, une grande chambre climatisée, le wifi qui fonctionne, avec tv, terrasse donnant sur la piscine, 4 petits déjeuners ultra copieux, une salle de bains digne de ce nom dans laquelle on peut étaler toutes nos affaires de toilettes, et une armoire dans laquelle on range pour la seconde fois nos vêtements au lieu de les laisser dans les valises… bref, un confort qui, ma foi, s’apprécie à sa juste valeur après nos petits bungalows du Laos aux vues somptueuses mais nettement moins confortables! (seul inconvénient, je n’ose pas trop faire ma lessive et l’étendre dehors… pas le genre ici…)

Billabong Hotel, Phnong Phen

Pendant deux jours et demi, nous allons passer de la piscine à la chambre, de la chambre au resto, du resto à la douche chaude, de la douche chaude à des lits douillets. On skype famille et amis, ça nous fait tous plaisir!

L’avantage d’un hôtel confortable, c’est qu’on en sort quelques heures avec plaisir pour se mêler à la chaleur moite ambiante de la ville, visiter les marchés du coin (Central Market,  Russian Market), diner au bord de la rivière; puisqu’on sait qu’en revenant, on pourra se détendre dans une piscine d’eau salée bien agréable!

Phnong Phen est bruyante, pleine de voitures et de motos, on verra 1 accident entre deux motos, les habitants roulent comme des dingues, sans regarder le véhicule d’a coté, ou en sens inverse.. je n’avais jamais vu ça mais il parait qu’au Vietnam, c’est pire! La ville est quand même sympa, on y sent une vraie dynamique.

Phnong Phen, en saison humide, c’est deux heures de pluie par jour (peut-être plus la nuit) assez intensives! Les rues sont rapidement inondées, les tuk-tuk (assez mignons, on peut s’assoir face-à-face, comme dans un carrosse dit Hannah!) déploient leurs protections de pluie et on se retrouve dans une petite cabane.

Phnong Phen

Phnong Phen, c’est aussi ses marchés typiques, comme le Russian Market où se côtoient souvenirs pour touristes, fruits et légumes, couturiers, coiffeurs (pour Hannah cette fois), de la carrosserie pour voiture et des outils… On adore se balader là bas, on trouve des petites lampes, des hamacs… Encore un colis qui partira en France, faute de place dans les bagages!

Russian Market, Phnong Phen

Maceo enchaine les évaluations de fin septembre, on dépose sur le site du CNED celle d’anglais. Et la récré, c’est la piscine!

Phnong Phen, c’est enfin l’occasion d’un saut dans l’histoire terrible du Cambodge. Fabrice et moi partons visiter la prison S21, un ancien lycée qui servira de lieu de tortures pour les prisonniers de Pol Pot et des khmers rouges des années 75 à 79. On fait garder les enfants pendant 2 heures, car on se dit que le lieu risque de les choquer. Dès l’entrée, on se dit qu’on a eu raison:

Prison S21

Les khmers rouges ont pris le pouvoir en 1975, et rapidement, s’est dessiné un objectif communiste poussé à l’extrême: devenir un grand pays agricole. Les populations ont été déplacées dans les campagnes, pour y travailler comme des esclaves 15H par jour et les villes ont été vidées.

C’est juste un endroit terrible, les chambres ont été laissées en l’état. Dans les salles de tortures, un lit, de quoi enchainer l’homme ou la femme qui y passera quelques jours, des fenêtres insonorisées pour éviter que la population entende les cris des prisonniers…

Dans d’autres pièces, les khmers rouges ont construit des minuscules cellules dans lesquelles les occupants dormaient à même le sol avec deux minuscules portions de riz par jour et un pot de chambre…

Prison S21

Cette période de l’histoire cambodgienne nous était connue, cependant, visiter un lieu pareil nous a sacrement secoué.. surtout que si Phnong Phen a été libérée en 79, les khmers rouges se sont réfugiés au Nord du Cambodge et la guerre civile a continué longtemps ensuite. Les chiffres sont impressionnants: 10.000 personnes sont mortes dans cette prison, des charniers sont encore trouvés à l’heure actuelle dans les campagnes cambodgiennes, et entre 1.7 et 2 millions de personnes sont mortes pendant cette guerre dont 90% des intellectuels de l’époque.

A la fin de la visite, nous croisons un rescapé de cette prison qui a écrit un livre et qui est interviewé. Derrière lui, deux photos, la sienne et celle de sa femme. Il a survécu car il a su réparer la machine à écrire d’un khmer rouge et est donc devenu utile aux yeux des soldats. Sa femme n’a pas eu cette chance.

En sortant de S21, on regarde les Cambodgiens différemment, et on se demande si eux aussi, ont perdu un membre de leur famille, s’ils ont vécu et connu cette période si proche (la guerre ne s’est terminée qu’au milieu des années 90), on demande à notre chauffeur de tuk-tuk son âge. Et on relative tout d’un coup… nos petits problèmes de sardines en boîte dans les minibus nous paraissent bien ridicules…

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